Diverse et riche, la musique traditionnelle coréenne exprime un esprit optimiste qui transforme la tristesse et le désespoir en exaltation et en ravissement.

<Peinture représentant une danse dans la tombe de Muyongchong, datant de Goguryeo, l’un des anciens Trois Royaumes, IVe siècle.>
Musique traditionnelle coréenne : chanter la joie et la peine du peuple coréen
La musique traditionnelle ou folklorique coréenne (appelée « gukak » en coréen) s’est transmise de génération en génération depuis l’Antiquité. Le gukak possède de nombreuses caractéristiques distinctives, depuis les éléments les plus fondamentaux de la musique jusqu’à sa sonorité et sa forme. Bien qu’elle ait été influencée par les instruments et la musique de Chine, la musique traditionnelle coréenne possède une personnalité musicale unique et pleinement développée, qui a intégré les caractéristiques et les préférences musicales du peuple coréen depuis plus d’un millénaire.
Six instruments de musique traditionnelle coréenne représentatifs.

Gayageum (cithare coréenne à douze cordes)
Interprété par Ji Aeri

Geomungo (cithare basse coréenne à six cordes)
Interprété par Heo Yoon-Jeong

Danso (flûte verticale coréenne en bambou)
Interprété par Lee Saeng-Kang

Daegeum (flûte traversière coréenne en bambou)
Interprété par Lee Saeng-Kang

Piri (hautbois coréen en bambou à anche double)
Interprété par Han Se-Hyun

Haegeum (vièle verticale coréenne à deux cordes)
Interprété par Kim Young-Jae
Bach - Air On The G String (Daegeum) interprété par Daegeumi Nuna
<Musiciens jouant des instruments traditionnels les plus représentatifs de Corée.>
Les Coréens ont toujours aimé le chant et la danse. D’anciens documents historiques chinois racontent que les « peuples de l’Est… aiment boire du vin, chanter et danser », et que « les gens voyagent sur les routes jour et nuit, et le son des chants se poursuit sans fin, car ils aiment chanter ». Les « peuples de l’Est » désignent ici les Coréens. Bien entendu, les chants des Coréens de cette époque ne nous sont plus parvenus aujourd’hui sous leurs formes exactes, mais la prédilection coréenne pour le chant et la danse, appelée « sinmyeong » en coréen, demeure aujourd’hui aussi forte qu’il y a des siècles.

<Les cadences colorées et vibrantes de la musique paysanne expriment les joies et les peines des agriculteurs eux-mêmes.>
Interprété par le Kim Duk-Soo Samulnori Band
Sinmyeong, la racine de l’esprit optimiste qui transforme même la tristesse en exaltation
La musique traditionnelle coréenne est vaste et profonde, tant par ses genres que par ses significations. On y trouve la musique paysanne, qui exprime la vie des agriculteurs par des rythmes exaltants ; le pansori (opéra solo coréen) et le talchum (danse masquée), riches en parodie et en humour ; la majestueuse musique de cour jouée lors des événements importants au palais royal ; ainsi que la musique classique, appelée « jeongak » en coréen, comme le gagok, le yeongsan hoesang et le sijo, qui incarnent l’esprit élégant et raffiné des seonbi (intellectuels de la dynastie Joseon). Les musiques religieuses, telles que le beompae bouddhique et la musique des rituels chamaniques, font également partie du canon de la musique traditionnelle coréenne, lui apportant une diversité et une richesse singulières.

<Une interprétation de minyo (chants populaires coréens) par des maîtres du pansori.>
Arirang (patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO)
Interprété par Yi Eun-Ju, maître chanteuse de chants populaires

<Une interprétation de musique de cour royale.>
Sujecheon (musique de cour coréenne représentative)
Interprété par Jeongnong Akhoe
Une idée reçue majeure au sujet du gukak est qu’il serait lent, triste et sombre. C’est une vision totalement erronée, car il n’existe aucun chant triste dans le genre classique du gukak. Les genres classiques de la musique traditionnelle coréenne reposent sur l’idée de ne pas exprimer la tristesse de manière triste. C’est pourquoi cette musique sonne avec force, clarté et harmonie. En revanche, de nombreux chants des genres populaires présentent des tonalités mélancoliques. Susimga, Yukjabaegi, Heungtaryeong, Sanjo et Sinawi sont tous des chants profondément empreints de tristesse, réputés provoquer un flot ininterrompu de larmes. Pourtant, dans le même temps, leurs rythmes énergiques et contagieux poussent l’auditeur à se lever et à danser. Cela tient au fait que la nature fondamentale du peuple coréen ne repose pas sur le « han » (ressentiment, chagrin), mais sur le « heung » (enthousiasme). Danser sur des chants tristes et créer une atmosphère énergique et entraînante, même en chantant les peines de la vie, constitue l’aspect le plus séduisant de la musique traditionnelle coréenne, ainsi que le fondement de l’âme coréenne et de son sinmyeong.

<Une scène d’un spectacle de pansori (opéra solo coréen) dans laquelle le chanteur accorde sa voix au rythme du tambour.>
Pansori Choonhyang-ga
Interprété par Kim So-Hee, maître chanteuse de pansori

<Le Jongmyo Jeryeak est une cérémonie ancestrale associant chant et danse, autrefois exécutée pour la famille royale.>
Une rencontre entre tradition et modernité, Orient et Occident : la nouvelle évolution de la musique traditionnelle coréenne
Récemment, de jeunes musiciens de gukak ont commencé à interpréter du gukak fusion, qui associe des éléments de musique traditionnelle coréenne à des genres modernes. Dans un « groupe » fusion, le chant est assuré par un chanteur de pansori, tandis que les instruments comprennent des instruments traditionnels coréens tels que l’ajaeng, le gayageum, le geomungo et le buk, ainsi que des instruments occidentaux comme la guitare et le piano. La musique qui en résulte est une nouvelle forme de gukak, conçue pour répondre aux goûts des amateurs de musique moderne. Suscitant une attention et une popularité croissantes, ces musiciens ouvrent une nouvelle voie à la musique coréenne.

<Une prestation de Seulgidoong, groupe de gukak fusion.>
Le samulnori, la forme la plus connue de gukak, réunit quatre instruments populaires : le buk (tambour), le janggu (tambour en forme de sablier), le jing et le kkwaenggari. Ces instruments s’unissent pour créer une musique et une performance pleines d’énergie. Le samulnori n’est pas un genre de musique traditionnelle ; il a été créé en 1978 par quatre jeunes musiciens de gukak dirigés par Kim Duk-soo. Il illustre la manière dont la musique traditionnelle coréenne s’est transformée en un genre moderne.

<La troupe de samulnori de Kim Duk-soo à ses débuts.>

<Un spectacle de samulnori empreint de sinmyeong présenté à Paris en 2010.>
Un format musical qui a porté le heung du samulnori à un niveau supérieur est la troupe Nanta. Nanta utilise le rythme du samulnori comme base d’un spectacle comique, théâtral et sans paroles, ayant pour décor la cuisine d’un restaurant. En l’absence de paroles, chacun peut pleinement apprécier l’histoire et les rythmes musicaux. Né en 1997, Nanta a établi des records de représentation véritablement remarquables dans le monde entier. Suffisamment populaire pour disposer de sa propre salle de spectacle à Broadway, berceau de la comédie musicale moderne, Nanta continue de conquérir les publics en Corée comme dans le reste du monde.
Comme tous les autres genres artistiques, la musique n’est pas une entité figée ou immuable, mais l’expression de la vie quotidienne d’une époque donnée. La musique traditionnelle coréenne, qui existe depuis des millénaires, continue aujourd’hui d’évoluer en se mêlant à la musique occidentale.

<Une interprétation de gayageum présentée sous forme d’orchestre, avec chef d’orchestre.>
Historia De Un Amor
Interprété par le Sookmyung Gayageum Orchestra
* Photos reproduites avec l’aimable autorisation de l’Office du tourisme de Corée et de l’Administration du patrimoine culturel de Corée.
* Échantillons musicaux reproduits avec l’aimable autorisation des maisons de disques.